"Arrêtons de dire qu’il ne faut pas couper des arbres !"

Crédit photo : Parc naturel régional du Perche
26 mars 2018
Par Corentin Allain
C’était le 6 mars dernier à Paris, dans l’enceinte du Grand Palais, Chanel organisait un défilé très particulier : le couturier faisait déambuler ses mannequins au milieu de véritables arbres... coupés dans le Perche. Associations et internautes s’en étaient ému, mais aujourd’hui un exploitant forestier percheron prend la parole, un peu à contre-courant.

Bertrand Monthuir est exploitant forestier dans le Perche et il a un point de vue bien particulier sur le défilé Chanel organisé il y a une vingtaine de jours à Paris. Le couturier avait reconstitué une forêt plus vraie que nature au Grand Palais, et avait pour cela coupé une vingtaine d’arbres dans le Perche. France Nature Environnement avait tout de suite dénoncé une "hérésie", une vision "affligeante" de la protection de la nature.

"Il faut dire la vérité"

Ces propos, Bertrand Monthuir les trouve un peu faciles : "Je pense que quand ils dénoncent ça, ils vont dans le sens de ce que les gens veulent entendre. C’est bien de vouloir dénoncer des choses qui ne sont pas bien faites, mais je trouve plus intéressant de dire la vérité ! Il faut arrêter de dire en France qu’il ne faut pas couper des arbres. Au contraire, il faut couper des arbres pour renouveler les peuplements, mais il ne faut pas les couper n’importe comment. D’ailleurs, Chanel s’est engagé à replanter cent arbres, c’est très bien, mais je pense que le propriétaire s’était déjà engagé à le faire de son côté" explique-t-il.

Une filière très déficitaire

Pas si nocif pour la nature, et surtout bon pour le porte-monnaie dans une filière très déficitaire : "Déplacer des arbres avec des branches, les installer comme ils ont fait au Grand Palais, ça a couté de l’argent, et Chanel a dû payer ! Les arbres viennent du Perche, c’est vachement bien, c’est à une heure et demie de Paris ! S’ils avaient exploité des arbres en Amazonie, là j’aurais compris la colère de France Nature Environnement..." Et contrairement à ce qu’affirme l’association, le Percheron croit savoir que les troncs ont été transformés en planches, les branches en copeaux... Donc valorisés, et non pas jetés à "la benne à ordures".

La coupe du bois très encadrée

Si Bertrand Monthuir ne sait pas précisément où les arbres du défilé ont été coupés, il aimerait le découvrir. Car il voit avant tout dans cette histoire une manière de communiquer sur la gestion des forêts en France, elles qui recouvrent 30% du territoire, soit 15 millions d’hectares, une surface possédée à 70% par des propriétaires privés : "Lorsqu'on a plus de 25 hectares en France, on est obligé de demander au préfet une autorisation à chaque bout de bois qu’on veut couper. C’est un peu contraignant. On ne peut pas se lever un matin et se dire "tiens, je couperais bien un arbre ce matin !"... Par ailleurs, nous signons un plan de gestion, où on s’engage à gérer durablement notre propriété sur les 10, 15 ou 20 ans qui viennent" promet-il.