Aarok, le futur drone de combat "made in Loir-et-Cher" ?

Le ministre des Armées Sébastien Lecornu chez Turgis & Gaillard en Loir-et-Cher.

Modifié : 28 février 2025 à 14h49 par Nicolas Terrien

Le drone "Aarok", développé par Turgis Gaillard sur son site de l’aérodrome de Blois-Le Breuil, suscite le plus haut intérêt des armées françaises. A tel point que leur ministre de tutelle, Sébastien Lecornu, s'est posé sur le tarmac loir-et-chérien ce jeudi 27 février pour venir à la rencontre de ses concepteurs. Reportage.

Il aurait dû être en Guyane, pour assister au décollage d’Ariane 6 ! La mise en orbite finalement reportée, ce n’est donc pas à Kourou, mais bien en périphérie de Blois que le ministre des Armées a atterri dans l’après-midi de ce jeudi 27 février. Il faut dire qu’au même titre que l’aérospatial, l’usage des drones représente un enjeu stratégique pour les forces militaires. "La guerre en Ukraine nous le montre tous les jours" confie un des membres de l’état-major dans le sillage de Sébastien Lecornu. Justement, ce dernier ne manque pas de rappeler l’ampleur du défi à relever : "Sur les drones, nous avons accumulé du retard, et mon but n’est pas de le rattraper, mais de sauter directement à la génération suivante !". Et vite évidemment, ou aussi vite que possible en tout cas. Et si des programmes développés par des mastodontes de l’industrie de défense existent, "il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier" selon le représentant du gouvernement. Et l’agilité des PME et des ETI sur les territoires peut contribuer à répondre à cette -relative ?- urgence, au regard d’un contexte géopolitique mondial sur lequel il est inutile de s’étendre ici.

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

"Hard as Aarok" : de la surveillance au combat

Mais qu’est-ce qui suscite autant d’engouement autour de l’Aarok ? "Premièrement, c’est la première fois qu’il existe en France un drone MALE souverain" explique Fanny Turgis. Comprenez un appareil "Moyenne Altitude Longue Distance" de conception 100% française. "Deuxièmement, il a une autonomie de temps de vol assez exceptionnelle de vingt-quatre heures, et avec une capacité d’emport d’une tonne et demi d’armements" poursuit la présidente du groupe Turgis Gaillard, sans compter ses capteurs de pointe au niveau des radars et de l’optronique. Des caractéristiques techniques qui devraient lui permettre de se retrouver sur des profils de missions assez divers, allant de la surveillance aux frappes de précision, en passant par les opérations de relais de communication et les reconnaissances. Les premiers essais de roulage d’Aarok ont eu lieu le 14 février sur le tarmac de l’aérodrome de Blois-Le Breuil, et ils se sont montrés suffisamment concluants pour justifier, en tout cas, un déplacement ministériel décidé presque en dernière minute !

Sébastien Lecornu devant le prototype Aarok, un drone momentanément avec pilote.

50 emplois de plus au Breuil si Aarok décolle !

"Je compte faire de plus en plus de place à ces acteurs plus petits, provinciaux et avec une culture d’ingénierie très forte" assure Sébastien Lecornu au micro de Sweet FM. Une déclaration qui sonne évidemment doucereusement aux oreilles des dirigeants du groupe, pour lequel Aarok s’accompagne inévitablement d’un projet industriel. "Nous comptons construire 10 000 mètres carrés supplémentaires ici, au Breuil, avec l’embauche de cinquante personnes supplémentaires, la plupart niveau ingénieur" détaille Fanny Turgis. L’horizon ? 2027-2028, même si la dirigeante reste prudente, tout comme sur la capacité de production à terme : peut-être une douzaine d’appareils par an, selon les indiscrétions glanées sur le tarmac... Mais avant de produire, il faut s’assurer d’avoir au moins un client : "L’Armée pourra en être un" lance Sébastien Lecornu, même si le ministre devra s’employer à des arbitrages budgétaires toujours délicats, dans un contexte de dettes certes abyssales, mais aussi dans une volonté globalement admise aujourd’hui de prioriser et d’abonder encore plus les budgets de défense.

Fanny Turgis et Sébastien Lecornu au micro de Nicolas Terrien :