Quand le beau interroge la Beauce et que la Beauce lui répond...

A travers la caméra de sa nièce Clara, Michel nous montre une autre Beauce...

Modifié : 18 février 2025 à 18h59 par Nicolas Terrien / crédit photo : Clara Beaudoux - Squawk - Arte France

Le film documentaire "Beau comme un tracteur", signé Clara Beaudoux et tourné auprès de son oncle Michel à Moisy, sera diffusé ce mercredi 19 février sur Arte. Un regard nouveau sur des paysages beaucerons souvent décriés pour leur platitude.

"Qu’elle est belle, ma Beauce !" : c’est ce que Michel semble nous dire de manière à peine subliminale dans le film "Beau comme un tracteur" réalisé par sa nièce, Clara Beaudoux, dans la ferme de famille en Loir-et-Cher, à Moisy. Une commune de 353 habitants nichée au cœur du haut Vendômois où l’agriculteur à la retraite a passé toute sa vie. "Il a contribué à travailler ces paysages, d’où l’idée de l’interroger sur ce qui est beau" explique la citadine dont le quotidien est rythmé par les visites de musées. De toute son existence, Michel, lui, a seulement visité une fois le Louvre : "C’était il y a plus de quarante ans, lorsque mon père s’est installé dans son appartement. Ça avait été une vraie expédition !". On l’aura compris, les occupations de l’oncle Michel sont tout autres : "Il est très impliqué dans sa commune, et rend de multiples services"... jusqu’à ne pas tenir en place, et toujours au volant de son Citroën C 15 blanc aux vitres latérales qui tiennent encore grâce à des coins de bois ! On ne le trouve tranquille et silencieux qu’attablé dans sa cuisine auprès de sa femme Danièle, elle épluchant des pommes et lui lisant "La Nouvelle République" !

Ecoutez le reportage de Nicolas Terrien :

La Beauce et ses jaunes, ses ombres, ses reliefs...

Ainsi, tout au long du film, Clara questionne son oncle sur ce qui est beau pour lui : "Immédiatement, ce sont les paysages qui sont évoqués, ces paysages qui changent au fil des saisons". Et le Beauceron pourtant réputé taiseux se prend au jeu de sa nièce qui le suit partout selon le principe dit du "micro embarqué" dans le jargon des journalistes radio qu’elle fut. "C’est le printemps..." soupire avec bonheur Michel, malgré la pluie : "Là, les jonquilles commencent à sortir. Ça va être jaune partout, partout partout !". Ce qui est beau, ce sont aussi les couchers de soleil, et surtout les jeux d’ombres qu’ils inspirent lorsque le clocher de l’église de Moisy transperce un ciel hésitant entre le rougeoyant et le violacé. Enfin, que dire de ces monticules de paille qui s’élèvent sur des reliefs désespérément plats, "hauts comme des immeubles de quatre étages" s’étonne Clara Beaudoux. Des formes presque parfaites qui semblent donner raison à Platon dans son approche très géométrique du concept du beau.

Michel très heureux dans son élément...

Ce qui est beau et ce qui l'est moins...

Là, on voit Michel assis dans l’unique commerce du village. Un dépôt de pain qui fait office de relais de poste, et d’un peu tout, en fait. Un de ces derniers lieux de convivialité en campagne. C’est ici que le retraité se pose autour d’un café, et rarement seul. C’est également ici que les langues se délient, pour parler du beau certes, mais aussi de ce qui l’est moins : "Les herbes dans les rues, c’est moche :" assène un des convives, éreintant finalement l’arrêt du désherbage chimique sur les trottoirs et les voiries publiques. En regardant le film de Clara, on s’attablerait volontiers avec ces personnes, dont le sentiment d'être ni entendues ni écoutées est très fort. "Dans les médias, on nous parle d’aller faire nos courses à vélo..." : vu de Moisy, forcément, on ricane. Alors, qu’est ce qui est beau dans le film de Clara Beaudoux ? Et bien ce sont ces gens qui vivent et façonnent ces paysages qu’il semble parfois de bon ton de décrier. De plus, ce documentaire nous sort des trop habituels sujets tournant autour des crises agricoles et de l’acclimatation des néo-ruraux.

"Beau comme un tracteur", film documentaire de Clara Beaudoux (49 minutes), produit par Squawk avec Arte France.
Diffusion ce mercredi 19 février à 22h25 sur Arte, d’ores et déjà disponible en replay sur la plateforme arte.tv !